La décision d’Emmanuel Macron de propulser Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes n’a pas seulement surpris. Elle a déclenché une véritable déflagration politique.

Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, les réactions ont été immédiates, vives, parfois même cinglantes. Rarement une nomination institutionnelle aura suscité une telle convergence de critiques, de la gauche radicale à la droite dure.
À 40 ans, l’actuelle ministre des Comptes publics s’apprête à succéder à Pierre Moscovici à la présidence de cette institution bicentenaire chargée de contrôler la régularité des finances publiques. Une fonction stratégique, irrévocable jusqu’à l’âge limite de 68 ans, qui en fait un poste d’influence durable. C’est précisément ce caractère “dans le temps long” qui inquiète.
Éric Coquerel, président de la commission des Finances, a demandé solennellement à Emmanuel Macron de renoncer à cette nomination. Sans attaquer la personne, il a pointé un “danger” pour la neutralité de l’institution. Selon lui, la Cour des comptes ne peut rester crédible que si elle est perçue comme totalement indépendante du pouvoir exécutif. Or, voir une ministre en exercice passer directement à sa tête brouillerait cette frontière.
De son côté, Éric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République, a dénoncé un “passage en force sans précédent”. Pour le député des Alpes-Maritimes, cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large : placer des proches à des postes clés avant la fin du quinquennat. Le ton est tout aussi acerbe chez François Ruffin. Le député de la Somme a résumé son indignation en une formule qui a immédiatement circulé sur les réseaux sociaux : “La République des copains se porte bien.”
Ce qui frappe, c’est l’unanimité relative de la contestation. Peu remettent en cause les compétences d’Amélie de Montchalin. Son marathon parlementaire pour le budget 2026, sa maîtrise des chiffres et son expérience ministérielle sont reconnus. Mais la symbolique dérange. Peut-on contrôler efficacement le pouvoir que l’on vient tout juste de servir ?
En face, la majorité défend un choix assumé. Roland Lescure évoque “quelqu’un qui saura gouverner cette institution en toute indépendance” et lui apporter “une énergie nouvelle”. Mais le débat dépasse désormais la seule question de profil. Il touche à la confiance démocratique, à la séparation des pouvoirs et à l’image que renvoie l’exécutif à l’approche de 2027.
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