Depuis son arrivée à l’Élysée en 2017, Emmanuel Macron a fait des nominations un levier stratégique assumé de son quinquennat. Selon le journaliste Michaël Moreau, auteur du livre “Sa Majesté nomme” publié chez Robert Laffont en 2026, il serait “le président de la Ve République qui s’implique le plus” dans ces décisions cruciales.

Concrètement, le chef de l’État ne se contente pas d’entériner des propositions venues de Matignon. Il auditionne, interroge, questionne. Les candidats aux postes de directeurs d’administration centrale racontent des entretiens techniques, précis, où le président démontre une parfaite maîtrise des dossiers.
Cette implication personnelle s’est illustrée récemment avec la nomination d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes. Un choix assumé, malgré les critiques liées au fait qu’elle occupe actuellement le poste de ministre du Budget.
Le pouvoir de nomination du président repose sur l’article 13 de la Constitution. Il lui permet de nommer aux emplois civils et militaires de l’État. Conseillers d’État, préfets, ambassadeurs, officiers généraux, recteurs, conseillers maîtres à la Cour des comptes : la liste officielle est déjà impressionnante. En réalité, le nombre total de nominations présidentielles serait proche de 5 000.
Ce pouvoir s’est consolidé dès la fondation de la Ve République par le général de Gaulle. Il a été renforcé au fil des décennies, notamment en 1985 lorsque François Mitterrand a élargi par décret le champ des nominations présidentielles, en particulier dans le domaine culturel.
Emmanuel Macron s’inscrit donc dans une tradition institutionnelle forte. Mais il se distingue par sa méthode. Là où certains prédécesseurs déléguaient davantage, il assume une centralisation des décisions. Cela peut entraîner des retards, des périodes d’intérim ou des situations administratives inconfortables.
Le contrôle parlementaire instauré en 2008 reste limité. Pour bloquer une nomination, il faut réunir une majorité qualifiée des trois cinquièmes. En 2025, la nomination de Richard Ferrand au Conseil constitutionnel n’a été validée qu’à une voix près.
Cette pratique du pouvoir nourrit un débat plus large sur la nature de la Ve République. Jacques Chirac évoquait dès 1995 une “dérive monarchique”. Pourtant, aucun président n’a réduit ce pouvoir.
En s’impliquant personnellement dans les nominations stratégiques, Emmanuel Macron façonne durablement l’appareil d’État. Et c’est peut-être là que réside l’enjeu le plus important : au-delà des polémiques ponctuelles, ces choix influencent les orientations administratives et institutionnelles pour de longues années.
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