Pendant longtemps, l’image d’un tandem soudé a dominé la scène politique française. Emmanuel Macron et Gabriel Attal incarnaient une forme de continuité, presque une évidence.

Pourtant, en coulisses, la relation entre le président de la République et son plus jeune Premier ministre n’a jamais été aussi fluide qu’elle en donnait l’impression. Selon plusieurs témoignages concordants, les tensions apparaissent très tôt, quasiment dès la nomination de Gabriel Attal à Matignon, au début de l’année 2024.
Emmanuel Macron voit alors dans cette nomination un choix stratégique. Il espère insuffler une nouvelle dynamique à son second quinquennat, encore marqué par des crises successives et une majorité fragilisée. La jeunesse, l’aisance médiatique et la capacité de Gabriel Attal à parler à différents électorats doivent servir cette ambition. Mais rapidement, le scénario échappe au contrôle de l’Élysée. Gabriel Attal s’installe dans l’espace public avec assurance, multiplie les prises de parole et incarne une forme d’autorité qui dépasse parfois le strict cadre de Matignon.
Ce positionnement ne tarde pas à irriter Emmanuel Macron. Le président, habitué à maîtriser le tempo et la narration politique, supporte mal cette autonomie. Le malaise s’installe lorsque Gabriel Attal commence à être perçu comme une figure centrale du pouvoir exécutif, parfois davantage exposée que le chef de l’État lui-même. À l’Élysée, certains parlent alors d’un Premier ministre qui « prend la lumière » et ne suit pas toujours les consignes attendues.
La situation se tend encore davantage au moment de la campagne des élections européennes. Emmanuel Macron reproche à Gabriel Attal son implication jugée insuffisante, interprétée comme une prise de distance volontaire. Ce manque d’engagement alimente le soupçon d’une stratégie personnelle, tournée vers l’avenir plutôt que vers la défense immédiate du camp présidentiel.
Malgré ces frictions, la rupture reste longtemps invisible pour le grand public. Officiellement, l’unité est préservée. Les apparitions communes se veulent rassurantes, les sourires sont de mise. Mais en interne, la confiance est entamée. Emmanuel Macron ne voit plus en Gabriel Attal un simple exécutant loyal, tandis que ce dernier comprend que sa trajectoire ne passera pas par une adoubement clair du président.
Avec le temps, cette incompréhension mutuelle devient une fracture durable. Ce qui devait être un coup politique maîtrisé se transforme en rivalité silencieuse. Une rivalité qui, aujourd’hui, éclaire d’un jour nouveau les choix, les silences et les prises de distance observés ces derniers mois au sommet de l’État.
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