L’image a fait le tour du monde : Emmanuel Macron, lunettes de soleil vissées sur le nez, lors de ses prises de parole à Davos.

Pour beaucoup, ce détail n’était qu’une anecdote. Pour d’autres, il incarnait une élégance discrète et un attachement affiché au made in France. Mais pour certaines ouvrières, cette image a ravivé un profond sentiment d’injustice.
Ces lunettes sont signées Henry Jullien, une entreprise jurassienne spécialisée dans la lunetterie haut de gamme. Florence Bernard, ancienne soudeuse, a travaillé plus de trente ans dans ses ateliers. Elle raconte avec fierté la complexité du modèle Pacifics 01, celui porté par le président, nécessitant des centaines d’étapes de fabrication et une précision extrême.
Pour elle, voir ces lunettes érigées en symbole national est un choc, tant le quotidien de l’entreprise a changé. En 2023, Henry Jullien est rachetée par le groupe italien iVision. Très vite, selon plusieurs témoignages, la pression sur la productivité augmente, au détriment du travail artisanal lent et méticuleux.
En octobre 2024, plusieurs salariées sont licenciées pour insuffisance professionnelle. Florence Bernard explique ne pas comprendre ces reproches après 35 ans de métier. Elle affirme que la lenteur faisait partie intégrante de la qualité des lunettes, notamment pour des modèles d’exception comme ceux portés par Emmanuel Macron.
Avec trois autres anciens salariés, elle décide de saisir les prud’hommes. Leur avocat dénonce une incohérence entre la communication autour du made in France et la réalité vécue par les ouvrières. Selon lui, il est paradoxal de valoriser un produit supposément fabriqué sur plusieurs mois tout en reprochant aux salariées de ne pas aller assez vite.
La direction d’Henry Jullien assure que les lunettes présidentielles ont bien été produites à Lons-le-Saunier et qu’un noyau de salariés continue d’y travailler. Elle assume toutefois une production partagée avec l’Italie, présentée comme une évolution nécessaire.
Derrière l’accessoire présidentiel, ce sont donc des voix longtemps restées discrètes qui s’élèvent aujourd’hui, rappelant que chaque symbole industriel cache aussi des trajectoires humaines parfois douloureuses.
Pour voir la vidéo d'Emmanuel Macon parodié par Bilal Hassani, rendez-vous ici.
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