Plus de vingt ans après le tournage du film Ô Jérusalem, une actrice a décidé de saisir la justice. La comédienne, désignée sous le prénom d’emprunt de Zoé, accuse Patrick Bruel de comportements survenus au printemps 2005, alors qu’elle avait 28 ans. Elle a déposé plainte le 16 juillet 2026 pour agression sexuelle et exhibition sexuelle, selon les informations révélées par Mediapart.
Son témoignage fait partie des deux nouveaux récits dévoilés le mardi 28 juillet. Une autre femme a porté plainte pour un viol présumé qui remonterait à 1994. Patrick Bruel conteste fermement les accusations portées contre lui et demeure, à ce stade de la procédure, présumé innocent.
Une nouvelle plainte déposée après le tournage d’Ô Jérusalem
Les faits dénoncés par Zoé se seraient déroulés entre avril et juin 2005, pendant le tournage d’Ô Jérusalem. À cette époque, Patrick Bruel tient l’un des rôles principaux du film réalisé par Élie Chouraqui. La jeune femme intervient elle aussi sur le projet, mais ne bénéficie ni de la même notoriété ni de la même position dans le milieu du cinéma.
Un soir, plusieurs membres de l’équipe se retrouvent autour d’un dîner. Zoé raconte avoir alors évoqué avec Patrick Bruel une rupture amoureuse qui la faisait souffrir. De son côté, le chanteur et comédien lui aurait parlé de sa vie familiale, notamment de son épouse alors enceinte et de son premier enfant.
Selon la comédienne, cet échange ne présentait aucune ambiguïté sentimentale ou sexuelle. Elle assure qu’il s’agissait d’une conversation personnelle, mais nullement d’une tentative de séduction. La situation aurait cependant changé une fois l’équipe revenue à l’hôtel.
Une scène présumée survenue devant les ascenseurs
Dans son récit, Zoé affirme que Patrick Bruel l’aurait poussée contre un mur situé entre deux ascenseurs avant de l’embrasser sans son consentement. Surprise et choquée, elle dit avoir dû le repousser et lui demander avec insistance de mettre fin à la scène.
Les faits rapportés reposent pour le moment sur les déclarations de la plaignante et devront être examinés par les enquêteurs. L’actrice présente cet épisode comme un geste soudain auquel elle ne s’attendait absolument pas, compte tenu de la nature de leur discussion quelques instants auparavant.
Zoé aurait ensuite regagné seule sa chambre. Elle raconte avoir reçu dans la nuit plusieurs appels de Patrick Bruel, qui lui aurait demandé de le rejoindre. D’après son témoignage, le comédien aurait continué à insister malgré ses refus répétés. Il était alors près de deux heures du matin.
Une actrice qui dit avoir ensuite évité de se retrouver seule avec lui
À la suite de cette soirée, la jeune femme aurait tenté de poursuivre son travail sans laisser paraître son malaise. Elle explique toutefois avoir modifié son comportement sur le tournage afin de ne jamais se retrouver en tête-à-tête avec Patrick Bruel.
Cette stratégie d’évitement n’aurait pas toujours été possible. Lors d’un trajet en voiture vers l’hôtel, le chanteur lui aurait pris la main à plusieurs reprises. Zoé affirme avoir manifesté son refus, mais que ce geste aurait été renouvelé malgré son opposition.
La comédienne décrit ainsi la fin du tournage comme une période de grande tension. Elle dit avoir été constamment sur ses gardes, attentive aux personnes présentes autour d’elle et aux situations dans lesquelles elle risquait de se retrouver seule avec l’acteur.
Son récit met en lumière les conséquences que peuvent avoir des faits présumés sur la vie professionnelle d’une personne, y compris lorsque celle-ci continue extérieurement à remplir ses obligations. La peur, le stress et l’anticipation permanente peuvent s’installer sans que l’entourage en perçoive nécessairement la cause.
« Je ne pouvais pas parler » : le poids de la différence de statut
Zoé explique avoir gardé le silence pendant plus de vingt ans en raison du profond déséquilibre professionnel qui existait, selon elle, entre Patrick Bruel et elle. Lui était déjà une vedette particulièrement populaire, aussi bien dans la musique qu’au cinéma. Elle se considérait au contraire comme une actrice située « en bas de l’échelle ».
La comédienne craignait que sa parole ne soit pas entendue et que son avenir professionnel soit fragilisé. Elle résume le sentiment qu’elle éprouvait alors par une phrase très forte : « Je ne pouvais pas parler ». Il ne s’agissait pas, dans son esprit, d’une impossibilité matérielle, mais de la conviction qu’elle n’avait ni le pouvoir ni la légitimité nécessaires pour affronter une personnalité aussi connue.
Cette perception du rapport de force est au cœur de son témoignage. Dans un tournage, les différences de notoriété, d’influence et de réseau peuvent être considérables. Une jeune actrice peut redouter de ne plus être engagée, d’être jugée responsable du scandale ou de voir son récit minimisé.
Pourquoi la plaignante a-t-elle décidé de témoigner maintenant ?
Zoé attribue son changement de perspective au mouvement MeToo et à la multiplication récente des témoignages mettant en cause Patrick Bruel. En découvrant les récits d’autres femmes, elle aurait reconnu des mots, des situations et des émotions proches de ce qu’elle affirme avoir elle-même vécu.
Une émission diffusée par Mediapart au mois de mai aurait constitué un moment décisif. La comédienne raconte avoir entendu certaines femmes prononcer des phrases qu’elle aurait pu employer elle-même. Ce sentiment de ne plus être seule aurait progressivement levé l’un des principaux obstacles à sa prise de parole.
Elle a alors pris contact avec ses avocats, tout en ignorant encore de quelle manière elle raconterait les faits. Sa démarche a finalement abouti au dépôt d’une plainte, le 16 juillet 2026, auprès du premier district de police judiciaire de Paris.
Le temps écoulé entre les faits allégués et la plainte pourra soulever la question de la prescription. Cela n’empêche toutefois pas une personne de déposer plainte ni les autorités de recueillir son récit. Il appartiendra à la justice de déterminer les suites juridiques pouvant être données à cette procédure.
Deux nouvelles plaintes révélées à la fin du mois de juillet
La plainte de Zoé a été rendue publique en même temps que celle d’une autre femme. Cette seconde plaignante accuse Patrick Bruel d’un viol qui aurait été commis à l’automne 1994, alors qu’elle était âgée de 19 ans et travaillait dans un hôtel de Toulouse. Sa plainte a été déposée le 23 juillet.
Ces deux nouveaux dossiers s’ajoutent à une affaire judiciaire déjà complexe. Patrick Bruel a été mis en examen dans quatre dossiers et placé sous le statut de témoin assisté dans quatre autres. Ces statuts ne constituent pas une déclaration de culpabilité et les différentes accusations ne doivent pas être confondues les unes avec les autres.
La mise en examen signifie que les juges estiment disposer d’indices graves ou concordants justifiant la poursuite des investigations. Le statut de témoin assisté, moins incriminant, permet à une personne mise en cause de bénéficier de certains droits au cours de la procédure sans être formellement mise en examen.
Patrick Bruel conteste les faits qui lui sont reprochés
Contacté par Mediapart avant la publication de l’enquête, Patrick Bruel a indiqué vouloir réserver ses explications à la justice si celle-ci était saisie de ces faits anciens. Ses avocats ont pour leur part dénoncé le poids du traitement médiatique entourant le dossier et rappelé que seule l’autorité judiciaire pouvait établir la réalité des faits.
Le chanteur de 67 ans conteste les accusations dont il fait l’objet. Ce point doit être rappelé à chaque nouvelle étape de l’affaire : un dépôt de plainte entraîne l’examen d’une accusation, mais ne permet pas de conclure que les faits sont établis.
Les enquêteurs devront notamment recueillir les déclarations des personnes concernées, rechercher d’éventuels témoins et examiner les éléments susceptibles de confirmer ou de contredire les différents récits. La grande ancienneté des faits dénoncés peut rendre ce travail particulièrement difficile.
Une affaire dont les développements sont désormais judiciaires
Avec ces deux plaintes déposées au mois de juillet, l’affaire connaît un nouveau développement. Le témoignage de Zoé attire particulièrement l’attention sur les raisons qui peuvent conduire une personne à attendre de nombreuses années avant de raconter des faits présumés : la peur de ne pas être crue, la différence de pouvoir, le risque professionnel ou encore l’isolement.
Son récit ne préjuge cependant pas des conclusions de l’enquête. Il appartient désormais aux autorités judiciaires d’évaluer la portée de cette plainte et de déterminer si les faits dénoncés peuvent faire l’objet de poursuites.
Au-delà de la personnalité de Patrick Bruel, cette prise de parole illustre une nouvelle fois la complexité des violences sexuelles présumées dans les milieux où la réputation et l’influence professionnelle créent de fortes relations de dépendance. La justice devra désormais travailler loin des jugements hâtifs, en respectant à la fois la parole des plaignantes, les droits de la défense et la présomption d’innocence.
Découvrez aussi la chronologie complète de l’affaire Patrick Bruel, de l’enquête aux annulations et les précédents développements de l’affaire Patrick Bruel après une plainte pour viol et l’ouverture d’une enquête à Dinard



























