Deux ans après la dissolution de l’Assemblée nationale, Gabriel Attal n’a rien oublié de la soirée du 9 juin 2024. Invité du programme Les Dossiers de TF1 Info jeudi 2 juillet 2026, l’ancien Premier ministre a raconté comment il avait tenté, sans succès, de joindre Emmanuel Macron quelques heures avant une annonce qui allait bouleverser sa vie politique. Un silence d’autant plus difficile à comprendre qu’il dirigeait alors le gouvernement.
Selon le récit livré par le candidat à l’élection présidentielle de 2027, la décision de renvoyer les députés devant les électeurs aurait été préparée plusieurs semaines auparavant sans qu’il en soit informé. Gabriel Attal affirme avoir découvert peu à peu que quelque chose se tramait à l’Élysée, avant de recevoir la confirmation du chef de l’État seulement deux heures avant son allocution télévisée. Une séquence qu’il présente aujourd’hui comme un véritable choc personnel et politique.
Gabriel Attal revient sur la dissolution surprise de juin 2024
Le 9 juin 2024, les Français viennent de voter aux élections européennes. La liste du Rassemblement national menée par Jordan Bardella arrive largement en tête avec plus de 31 % des suffrages exprimés. La liste de la majorité présidentielle termine en deuxième position, juste devant celle conduite par Raphaël Glucksmann.
Quelques minutes après l’annonce des résultats, Emmanuel Macron prend la parole depuis l’Élysée. Le président de la République annonce qu’il a décidé de dissoudre l’Assemblée nationale et convoque des élections législatives anticipées pour les 30 juin et 7 juillet.
La décision surprend l’opposition, les parlementaires et une grande partie de la majorité. Mais elle étonne également Gabriel Attal, pourtant Premier ministre depuis le mois de janvier. Dans son nouvel entretien, l’ancien locataire de Matignon assure qu’il n’avait pas été associé à la préparation de cette décision majeure.
Plus encore, il estime que l’Élysée aurait volontairement veillé à ne pas l’informer. Selon lui, la dissolution n’aurait pas été improvisée dans les dernières heures suivant le résultat des européennes. Elle aurait été envisagée et préparée bien en amont, dans un cercle très restreint.
Emmanuel Macron ne répond plus à ses messages ni à ses appels
Gabriel Attal raconte que son inquiétude a commencé à grandir au cours de la journée électorale. Alors qu’un Premier ministre échange normalement avec le président lors d’un rendez-vous aussi important, il ne parvient pas à obtenir de réponse.
Il lui adresse des messages et tente de l’appeler, mais Emmanuel Macron reste injoignable. Sur le moment, Gabriel Attal trouve déjà cette situation inhabituelle. Il est le chef du gouvernement, le scrutin peut avoir des conséquences politiques majeures et une intervention publique est prévue dans la soirée.
L’ancien Premier ministre comprend ensuite qu’une équipe de télévision a été convoquée à l’Élysée pour enregistrer une allocution présidentielle. Cette information renforce ses soupçons. Gabriel Attal devait initialement être la principale voix de la majorité après l’annonce des résultats européens.
Il réalise alors que le chef de l’État s’apprête probablement à annoncer une décision importante sans que Matignon en connaisse la teneur. À ce moment-là, il ignore encore officiellement qu’Emmanuel Macron a choisi de dissoudre l’Assemblée nationale.
Ce n’est qu’environ deux heures avant la diffusion de l’allocution que les deux hommes parviennent finalement à échanger. Gabriel Attal apprend alors que le président va convoquer de nouvelles élections législatives.
Une décision cachée pendant plusieurs semaines selon Gabriel Attal
Dans Les Dossiers, Gabriel Attal ne présente pas cette absence d’information comme un simple problème d’organisation ou un oubli lié à l’urgence. Il évoque un choix délibéré de lui dissimuler le projet de dissolution.
L’affirmation est particulièrement forte. Sous la Ve République, le droit de dissoudre l’Assemblée nationale appartient bien au président de la République. La Constitution prévoit cependant qu’il consulte le Premier ministre et les présidents des deux assemblées avant de prendre sa décision.
Gabriel Attal ne conteste donc pas le pouvoir institutionnel d’Emmanuel Macron. Il dénonce surtout la façon dont cette décision aurait été préparée, ainsi que la place très limitée qui lui aurait été laissée dans les échanges précédant l’annonce.
Pour celui qui occupait Matignon depuis seulement cinq mois, cette mise à l’écart remet brutalement en question la relation de confiance qu’il pensait avoir construite avec le chef de l’État. Il découvre qu’une décision susceptible d’entraîner la chute de son gouvernement a pu être envisagée sans lui.
Cette révélation éclaire également la sidération visible dans les rangs de la majorité présidentielle ce soir-là. De nombreux responsables avaient dû réagir publiquement à une annonce qu’ils n’avaient pas anticipée.
Gabriel Attal évoque un choc personnel avec Emmanuel Macron
Avec le recul, Gabriel Attal ne cache pas que la soirée a eu une dimension profondément personnelle. Il pensait avoir gagné la confiance d’Emmanuel Macron après plusieurs années passées dans ses gouvernements et après son accession à Matignon.
Avant de devenir Premier ministre, il avait successivement occupé plusieurs fonctions ministérielles, notamment à l’Éducation nationale. Sa nomination en janvier 2024 avait été interprétée comme la preuve de sa proximité avec le chef de l’État et de la confiance que celui-ci plaçait en lui.
Le fait de ne pas être associé à la dissolution lui fait donc comprendre que cette relation possède des limites. Gabriel Attal explique avoir cru qu’un projet aussi lourd lui aurait naturellement été présenté avant son annonce au pays.
Le sentiment de trahison politique se mêle alors à une forme de déception personnelle. L’ancien Premier ministre ne dit pas seulement qu’il était opposé à la décision. Il raconte surtout avoir découvert que sa proximité supposée avec Emmanuel Macron ne lui garantissait pas d’être consulté sur les choix les plus importants.
Cette fracture explique en partie le changement de ton observé depuis son départ de Matignon. Tout en continuant à reconnaître ce qu’il doit politiquement à Emmanuel Macron, Gabriel Attal se montre désormais beaucoup plus critique envers son ancien mentor.
Pourquoi Gabriel Attal considère toujours la dissolution comme une erreur
Deux ans après les faits, l’ancien Premier ministre reste très sévère sur la décision présidentielle. Il affirme ne toujours pas comprendre ce qu’Emmanuel Macron cherchait à obtenir en convoquant des élections législatives anticipées.
Le chef de l’État avait alors expliqué qu’il souhaitait redonner la parole aux Français et clarifier la situation politique après la large victoire du Rassemblement national aux européennes. Quelques mois plus tard, il avait lui-même reconnu que cette décision n’avait pas été comprise par une grande partie du pays.
Les élections législatives n’ont pas permis de faire émerger une majorité absolue. L’Assemblée issue du scrutin est restée divisée entre plusieurs grands blocs, rendant la constitution de gouvernements stables et l’adoption des textes plus difficiles.
Pour Gabriel Attal, la dissolution est à l’origine d’une partie de l’instabilité politique qui a suivi. Il lui reproche d’avoir affaibli la capacité d’action du pouvoir exécutif et d’avoir plongé le pays dans une période de blocage parlementaire.
Cette critique lui permet aujourd’hui de prendre ses distances avec le bilan du second mandat d’Emmanuel Macron. Elle nourrit aussi le récit politique qu’il souhaite porter pour la présidentielle de 2027 : celui d’un ancien membre de la majorité qui assume son expérience, mais refuse d’endosser toutes les décisions du président sortant.
La nuit où Gabriel Attal a envisagé de quitter Matignon
Après l’allocution du 9 juin 2024, Gabriel Attal traverse plusieurs heures de doute. Mis devant le fait accompli, il envisage de remettre immédiatement sa démission au président de la République.
Une lettre de départ est même évoquée dans les récits qu’il a livrés depuis. Il se demande alors comment continuer à exercer la fonction de Premier ministre après avoir été tenu à l’écart d’une décision qui engage directement l’avenir de son gouvernement.
Il choisit finalement de ne pas partir sur-le-champ. Le lendemain, il demande à rencontrer Emmanuel Macron et un échange particulièrement tendu se déroule à l’Élysée. Gabriel Attal a déjà raconté que le ton était monté de part et d’autre au cours de ce face-à-face.
Plutôt que d’abandonner Matignon avant les élections, il obtient la responsabilité de conduire la campagne législative de la majorité. Il défend alors les candidats du camp présidentiel sur le terrain, tout en tentant d’imposer une ligne différente de celle de l’Élysée.
Cette décision lui permet de ne pas apparaître comme celui qui aurait abandonné son camp au moment le plus difficile. Elle marque aussi le début d’une émancipation politique qui s’est renforcée après son départ du gouvernement.
Une relation entre Gabriel Attal et Emmanuel Macron désormais transformée
La relation entre les deux hommes n’est pas totalement rompue. Gabriel Attal continue de rappeler qu’Emmanuel Macron lui a permis d’exercer de très hautes responsabilités et qu’il lui doit une grande partie de son ascension politique.
Leurs échanges semblent cependant beaucoup moins réguliers et spontanés qu’autrefois. L’ancien Premier ministre a plusieurs fois laissé entendre qu’il n’obtenait pas toujours de réponse aux messages adressés au président.
Cette distance lui permet aussi de construire une identité politique plus autonome. Gabriel Attal ne veut plus seulement être présenté comme l’un des héritiers d’Emmanuel Macron ou comme l’ancien plus jeune Premier ministre de la Ve République.
Il cherche désormais à incarner son propre projet et à convaincre qu’il peut gouverner différemment. La manière dont il raconte la dissolution participe pleinement à cette stratégie : elle le présente comme un responsable qui aurait tenté d’avertir le président, avant d’assumer les conséquences d’une décision à laquelle il n’avait pas été associé.
Gabriel Attal avait prévenu Emmanuel Macron avant sa candidature
Malgré leurs tensions, Gabriel Attal a pris soin d’informer Emmanuel Macron avant d’officialiser sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Le 22 mai 2026, il a annoncé sa décision lors d’un déplacement à Mur-de-Barrez, dans l’Aveyron.
Invité le lendemain au journal de 20 heures de TF1, il a confirmé avoir écrit au président avant de se lancer. Il a refusé de dévoiler le contenu exact de leur échange, estimant que cette conversation devait rester privée.
Cette démarche montre qu’il ne cherche pas une rupture spectaculaire avec Emmanuel Macron. Gabriel Attal veut plutôt apparaître comme un candidat reconnaissant envers son passé, mais désormais libre de défendre ses propres orientations.
À 37 ans, il insiste sur les six années passées au gouvernement et sur l’expérience acquise dans plusieurs ministères puis à Matignon. Il rappelle également qu’il a quitté le gouvernement depuis deux ans et qu’il se présente désormais en « homme libre ».
La dissolution devient un argument dans sa campagne pour 2027
Le récit de cette soirée ne se limite plus à un règlement de comptes entre un ancien Premier ministre et un président. Il occupe désormais une place centrale dans la manière dont Gabriel Attal veut raconter son parcours.
En dévoilant les coulisses de la dissolution, il cherche à démontrer qu’il n’a pas approuvé l’une des décisions les plus contestées du second quinquennat. Il veut aussi convaincre qu’il était capable de s’opposer à Emmanuel Macron, y compris lorsqu’il dépendait encore politiquement de lui.
Cette position reste délicate. Gabriel Attal doit à la fois défendre son expérience au sein de la majorité et s’affranchir d’un bilan présidentiel auquel il a largement participé. Il lui faut montrer qu’il représente une nouvelle étape sans donner le sentiment de renier les années précédentes.
La concurrence au centre rend cet exercice encore plus stratégique. Édouard Philippe, lui aussi ancien Premier ministre, est déjà candidat à l’élection présidentielle. Les deux hommes cherchent à s’imposer comme la personnalité capable de rassembler l’électorat modéré et de se qualifier pour le second tour.
Gabriel Attal n’exclut pas un accord face à un second tour RN-LFI
Interrogé sur une possible entente avec Édouard Philippe, Gabriel Attal n’a pas fermé toutes les portes. Il estime cependant qu’un rapprochement ne devrait pas uniquement reposer sur des arrangements entre responsables politiques.
Il envisage une candidature commune ou un accord seulement dans une situation où la dispersion des voix ferait apparaître un risque sérieux de second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise.
Pour l’instant, chacun poursuit donc sa propre campagne. Gabriel Attal souhaite présenter sa candidature comme une réponse à ce qu’il décrit comme le blocage du pays. Il promet de consacrer davantage d’énergie et de moyens aux investissements d’avenir plutôt qu’à la gestion permanente des crises héritées du passé.
En revenant aussi précisément sur le silence d’Emmanuel Macron avant la dissolution, l’ancien Premier ministre franchit une nouvelle étape dans son émancipation. La soirée du 9 juin 2024 apparaît désormais comme le moment où leur relation politique a définitivement changé, mais aussi comme celui où Gabriel Attal a commencé à imaginer un avenir en dehors de l’ombre présidentielle.
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