Humeurs

Vis ma vie de militante

20 mars 2017 - 10 : 48

En ce moment, c'est comme si j'avais trois jobs. Mon job d'étudiante en master web. Mon job d'apprentie dans une boîte d'e-commerce. Mon job de militante pour la cause LGBT+ (= lesbienne, gay, bi, trans). Le plus important à mes yeux, c'est le seul pour lequel je ne suis pas payée, mon job de militante. Parce que qu'on se le dise, même si c'est du bénévolat, c'est parfois un job à part entière. Ou du moins, j'aimerais qu'il le soit. J'ai tellement de projets que je ne peux mener à bien à cause du temps que me prend ma vie d'étudiante en alternance... C'est frustrant.

Je milite au sein d'une association de jeunes LGBT, basée à Paris, Strasbourg et prochainement Nancy : le MAG Jeunes LGBT. Le but de l'association ? Aider les jeunes lesbiennes, gays, bis et trans de 15 à 26 ans à sortir de l'isolement, à accéder à de l'information les concernant en leur proposant un cadre convivial et rassurant où ils pourront se faire des amis et s'affirmer. A côté, nous effectuons également des actions de prévention et des actions militantes pour lutter contre l'homophobie (lesbophobie et gayphobie), la biphobie et la transphobie. Au MAG, on rencontre des jeunes de tous âges, toutes origines, toutes orientations, tous genres et c'est ce qui fait la richesse de l'association.

J'ai commencé à fréquenter régulièrement l'association début 2014. J'ai commencé à militer à mon niveau au cours de l'année, en faisant un peu de bénévolat et en suivant une formation pour devenir intervenante en milieu scolaire, car l'association se déplace dans les collèges et lycées d'Île de France pour sensibiliser les jeunes aux LGBT-phobies, éduquer et déconstruire les préjugés. C'est en octobre 2014 que j'ai décidé de m'impliquer encore davantage et de donner une grande partie de mon temps libre à l'association.

Aujourd'hui, je tiens les rôles suivants :

    • Responsable éducation : je m'occupe des relations entre l'association et les collèges/lycées d'Île de France (bientôt en France tout court). Il faut mettre en place les interventions dans les classes, s'assurer que tout se passe bien, faire circuler les informations, proposer des formations aux bénévoles, recruter des bénévoles, etc.
    • Intervenante en milieu scolaire : je vais dans les classes pour sensibiliser les jeunes aux LGBT-phobies. J'ai moins l'occasion d'en faire à cause de mon travail, mais j'essaye de temps en temps de me libérer pour ne pas perdre la main.
    • Co-responsable du cercle B : notre but est d'offrir aux bi/pan/non-monosexuels, un espace convivial, un espace de discussion, etc. et d'ainsi offrir une visibilité à la lettre B de LGBT.
    • Accueillante : je suis chargée de gérer le local de l'association lors de permanence, d'accueillir les nouveaux venus, de répondre aux questions, bref de faire tourner la boutique !
    • Bénévole : quand il y a besoin de monde pour donner un coup de main et que j'ai des dispos, je réponds présente.

Comme vous pouvez l'imaginer, tout cela me prend du temps et je vais essayer de vous présenter une journée type et chargée de ma vie de militante. Bien sûr, il y a des jours plus light et d'autres... où je ne fais que ça.

militante

Vendredi 6h45.

Je me réveille, aujourd'hui je travaille. Je me prépare, je petit-déjeune. Je pense à mettre dans mon sac non seulement mon agenda rouge qui contient "toute ma vie", mais aussi mon carnet de responsable éducation où je note tous les échanges que j'ai avec les établissements et mon agenda spécial association où je recense tous les événements. Sans tout ça, j'ai du mal à m'y retrouver.

Vendredi 8h45.

J'arrive sur mon lieu de travail, je commence à travailler.

Vendredi 10h30.

Je prends une petite pause, mais je ne quitte pas mon ordinateur pour autant. Je checke les mails des deux boîtes mails dont je suis chargée : éducation et cercle B. Je commence par le cercle B car je sais que c'est moins de travail, je réponds éventuellement aux mails de jeunes qui demandent des infos et je me fais une note pour rédiger un petit compte-rendu du débat qui a eu lieu lundi au centre LGBT avec l'association Bi'cause pour le prochain CA.

Ensuite, c'est au tour de la boîte mail éducation. Comme toujours, j'ai une vingtaine de mails, dont 3/4 de spams. Je nettoie tout ça. Je regarde les mails en détails. Quand ce sont des bénévoles qui me disent être dispo sur tel ou tel créneau, je le note tout de suite dans le Google Agenda de l'association et je leur réponds pour leur signaler qu'ils sont bien inscrits. Quand c'est un établissement ou un partenaire, je mets un petit drapeau rouge sur le mail et je me dis que je ferais ça à midi.

Vendredi 11h00.

Mon téléphone portable sonne, c'est un bénévole. Il doit attendre son binôme qui ne vient pas et s'inquiète, ou alors il ne trouve pas le lycée où il intervient. J'ai un principe : je ne réponds pas pendant mes heures de travail. Sinon je passe mon temps au téléphone.

Vendredi 12h30.

Je prends enfin ma pause-déjeuner. Avant de descendre manger, je rappelle le bénévole qui a cherché à me joindre. Effectivement, son coéquipier était en retard, mais il a fini par arriver. Tant mieux.

Vendredi 13h00.

C'est l'heure de répondre au reste de mes mails. Entre temps, de nouveaux ont pu arriver. Je cale des dates et des créneaux horaires avec les établissements, je réponds à nos partenaires à la mairie de Paris. Si j'ai un souci, je sais que je peux demander conseil à celle qui m'a précédée sur Facebook. Il faut aussi que je prépare le mail de groupe aux bénévoles pour leur signaler les prochaines interventions et les inviter à s'inscrire sur les créneaux où ils ont des dispos. Ce genre de mails, j'en envoie environ deux fois par semaine. J'ajoute une petite chanson ringarde en objet du mail, c'est mon petit plaisir perso. Je commence à stresser parce que je sais que la semaine prochaine, il n'y a pas moins de 3 interventions prévues par jour et que c'est difficile de trouver des bénévoles.

Vendredi 13h30.

Il faut que je me remette à mon autre travail.

Vendredi 16h45.

Je quitte enfin le boulot, mais la journée n'est absolument pas terminée. Je prends le bus pour rentrer chez moi.

Vendredi 18h00.

J'arrive à mon appart. Je pose mes affaires, j'allume l'ordi. Je lance un épisode de série et en même temps, je remplis le tableur des interventions de l'association avec les dates, les heures, les bénévoles, les remarques, etc. J'essaye de le mettre à jour au moins une fois par semaine. En attendant, certains bénévoles ont répondu au mail envoyé à midi. Certains par mail, d'autres par SMS, ou encore Facebook. J'essaye de garder mon calme et de leur demander de me répondre par mail, sinon je me perds. Peine perdue ? Je note quand même leurs dispos. Il faut que je pense à me faire à manger.

Vendredi 19h20.

Je ressors pour prendre le RER et aller au local de l'asso. Je suis de permanence de 20h à 22h. Vingt minutes de RER.

Vendredi 19h50.

J'arrive au local, souriante. Je fais la bise à une grande partie des gens présents, je prends le temps de me poser.

Vendredi 20h00.

Je prends ma permanence, je mets mon badge autour de mon cou. Il faut rester disponible, répondre aux questions, tenir le bar. Un nouveau venu fait son entrée, je le repère, lui propose à boire et essaye de le mettre à l'aise. Je lui présente l'association, nos activités, puis je lui présente d'autres personnes pour l'intégrer aux jeux et aux discussions. Quand c'est calme, je me permets de passer du temps avec mes amis. Nous sommes deux à tenir la perm, ce n'est pas tout le temps le rush. Ça dépend. Un jour, on a accueilli un groupe de 7 jeunes, puis 2 autres, puis encore 1... Tout ça le même jour. C'était du sport.

Vendredi 21h50.

Il faut penser à fermer le local. On fait les annonces pour informer des événements à venir. Les brunchs, les apéros, les soirées jeux... Et aussi les événements militants, les salons, les marches, les dépistages... Il ne se passe pas une semaine sans un événement particulier et c'est tant mieux. J'aime y participer, ça me fait plaisir, mais forcément c'est encore de l'énergie à donner.

Vendredi 22h10.

Je ferme enfin le local.

Vendredi 22h30.

Nous arrivons dans un bar pour l'after. Je me détends enfin.

Vendredi 23h15.

Un bénévole vient me voir pour me dire qu'il est dispo mardi à 13h pour une intervention, j'essaye de reconnecter mon cerveau. Je ne sais plus dans quel lycée ça se passe, ni s'il reste des places. Pourtant j'essaye, il rigole et je finis par lui dire de m'envoyer un mail parce qu'il est vraiment trop tard.

Vendredi 23h50.

Je prends mon RER avant minuit, le dernier est à une heure moins dix mais je ne veux pas rentrer trop tard.

Samedi, 0h20.

Je rentre enfin chez moi. Je pose mes affaires, j'allume l'ordi. Je note sur un post-it les dispos du bénévole de tout à l'heure avant d'oublier.

Samedi, 0h40.

Je me couche enfin. Demain il faut que je me réveille tôt, j'ai quand même du travail pour la fac.

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Mademoiselle Cordélia
Cordélia tient un blog littéraire et essaye d’écrire des livres. Tu trouveras donc sur son blog des articles de lecture et d’écriture, mais tu verras que ça parle aussi de militantisme, de féminisme et de la cause LGBT+ parce qu’elle est sienne, la cause LGBT+