Famille

Le jour où j’ai abandonné mon enfant

18 février 2014 - 11 : 55
par Pishweps

Cela faisait 8 jours tout pile que je venais d’accoucher et déjà, on me forçait à rentrer chez moi et à abandonner mon enfant dans sa couveuse.

Il faut dire que depuis mon accouchement, les équipes de la maternité n’espéraient qu’une chose : que ma chambre se libère et vite !

Mais remettons les choses dans le contexte, je venais d’accoucher d’un bébé prématuré. Mon bébé étant trop faible pour rester à mes côtés, il avait été confié au service de néonatologie et installé bien au chaud dans une douillette couveuse.

J’essayais doucement de prendre mes marques de maman. Je jonglais entre ma chambre du côté maternité et la chambre de mon fils à l’autre bout du bâtiment.

Les sages-femmes que je croisais à la maternité me trouvaient en pleine forme et dès le lendemain de mon accouchement, elles me demandaient déjà quand je comptais rentrer chez moi.

Mon accouchement s’était certes très bien passé, j’étais certes en très bonne forme physique, mais dans la tête, c’était tout autre chose ! Imaginez le cocktail hormones, panique, culpabilité, incompréhension, mélangez le tout et hop vous obtenez à peu de chose près mon état d’esprit du moment ! En résumé, au plus près j’étais de mon garçon, au mieux c’était ! Alors l’idée de rentrer chez moi, 2 jours après lui avoir donné la vie, n’était tout simplement pas envisageable !

Oui mais voilà, le service était débordé, les accouchements s’enchaînaient et il fallait libérer les chambres au plus tôt. Ce fut donc une ronde des sages-femmes qui attendaient que je regagne ma chambre pour me demander si j’avais réfléchi à la question du retour à domicile. Ma réponse était toujours la même : je reste ici autant que possible, mon garçon a besoin de sa maman.

Du côté néonat’, les équipes qui ont l’habitude de traiter ce genre de situation tentaient de me rassurer en me disant que j’étais dans mon droit le plus total de vouloir rester (une jeune maman peut rester jusqu’à 12 jours à la maternité, après son accouchement) et qu’il ne fallait pas que je culpabilise trop à ce sujet.

Et puis, les jours passant, cette question se faisait de plus en plus pesante. Quand rentrer chez moi ? Comment gérer l’abandon ?

Je sentais ce sentiment de jalousie monter quand je croisais ces mamans avec leur bébé dans les bras dans les couloirs… Quelle chance ! Moi, je ne peux qu’à peine le toucher et le câliner… Ce sentiment-là s’est immiscé avec violence parmi les autres qui m’habitaient. Il s’est imposé à moi comme un déclic : je ne pouvais pas rester éternellement ici, c’était mauvais pour moi.

J’ai donc pris la décision de plier bagage. Je décidais de quitter la maternité, 8 jours après avoir accouché. Cette nouvelle fut accueillie avec un grand soulagement côté maternité et avec beaucoup de sollicitude côté néonat’.

Le départ fut extrêmement violent. Un déchirement immense m’a envahie. J’ai passé la journée à expliquer à mon garçon que non, je ne l’abandonnais pas. Je tentais de le rassurer (et de me rassurer par la même occasion) en lui disant que je serai là tous les jours, à ses côtés, pour l’accompagner dans son combat et ses progrès. Que même si je n’étais pas là à chacune de ses tétées, ce n’était pas parce que je ne l’aimais pas, mais bien parce que je n’avais pas le choix.

Je suis rentrée vidée. Ce n’était certainement pas le retour à domicile que tout jeune parent imagine, mais ce fut le mien. La première nuit s’est déroulée dans l’impatience d’être au lendemain pour le rejoindre.

Les retrouvailles furent magiques et des plus émouvantes ! Les médecins venaient de décider qu’il était temps pour lui de quitter sa couveuse et de passer dans un traditionnel couffin (avec matelas chauffant). Les pédiatres m’ont alors expliqué que même s’il ne répondait pas aux critères pour sortir de couveuse, il leur faisait sentir qu’il en avait marre et qu’il voulait passer à l’étape suivante… Sa façon à lui de me montrer qu’il était fort et que je pouvais avoir confiance en lui…

C’est ainsi, sur cette confiance mutuelle, que nous avons poursuivi notre chemin en néonat’.

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Pishweps
Jeune maman de 29 ans, j'apprécie les choses simples et la bonne humeur !