Derrière les discours officiels, les déplacements diplomatiques et les apparitions soigneusement orchestrées, Emmanuel Macron laisse parfois entrevoir un visage beaucoup plus personnel. Dans des échanges privés avec une journaliste, le président de la République s'est notamment laissé aller à une confidence inattendue sur son quotidien. Une phrase, envoyée depuis Bruxelles, qui tranche avec l'image d'un chef de l'État toujours en mouvement et qui révèle une certaine lassitude face à la vie politique européenne.
Ces confidences figurent dans le livre Vous êtes tous trop durs avec moi, publié ce jeudi 5 novembre 2026 aux éditions Robert Laffont. Son autrice, Françoise Degois, y raconte deux années de conversations avec Emmanuel Macron, dévoilant des messages dans lesquels le président évoque aussi bien ses convictions politiques que ses états d'âme. Et parmi ces échanges, certains mots retiennent particulièrement l'attention.
« Je m'ennuie » : cette confidence inattendue d'Emmanuel Macron depuis Bruxelles
Nous sommes en octobre 2024. Emmanuel Macron participe à un sommet européen à Bruxelles, entouré des principaux dirigeants du continent. Un rendez-vous diplomatique important, au cours duquel les chefs d'État et de gouvernement doivent échanger sur les grands enjeux de l'Union européenne.
Pourtant, loin de l'effervescence que l'on pourrait imaginer, le président français semble traverser un moment de désenchantement. Dans un message adressé à Françoise Degois, il écrit : « Je m'ennuie. C'est triste et sans créativité. Mario Draghi et Angela Merkel me manquent terriblement. »
Une déclaration particulièrement surprenante de la part d'un président réputé pour son goût du débat, son énergie et son implication dans les affaires européennes. Ces quelques mots donnent l'impression d'un homme qui ne trouve plus, dans certaines rencontres diplomatiques, la stimulation intellectuelle qu'il recherchait autrefois.
Car ce n'est pas seulement l'ennui qu'évoque Emmanuel Macron. En mentionnant deux anciennes figures majeures de la politique européenne, il exprime également une forme de nostalgie pour une époque et des interlocuteurs qui semblent lui manquer. Une confidence qui apporte un éclairage inhabituel sur la manière dont le chef de l'État vit certaines de ses obligations internationales.
Pourquoi Angela Merkel et Mario Draghi manquent autant à Emmanuel Macron
Le choix des deux personnalités citées par Emmanuel Macron n'a rien d'anodin. Pendant plusieurs années, Angela Merkel a été l'une de ses principales interlocutrices sur la scène européenne. Malgré leurs différences de tempérament et leurs désaccords sur certains dossiers, le président français et l'ancienne chancelière allemande ont été amenés à travailler étroitement ensemble.
Leur relation politique s'est construite autour de nombreux enjeux, notamment l'avenir de l'Union européenne, les questions économiques et les crises internationales.
Avec Mario Draghi, Emmanuel Macron a également partagé une certaine proximité sur les grands dossiers européens. Ancien président de la Banque centrale européenne, puis président du Conseil italien entre 2021 et 2022, Mario Draghi possède une expérience économique et institutionnelle que le président français a régulièrement valorisée.
En évoquant leur absence, Emmanuel Macron semble donc regretter des personnalités avec lesquelles il pouvait confronter ses idées et mener des discussions approfondies. Sa remarque sur le manque de créativité des échanges européens prend alors une autre dimension.
Elle suggère que le président ne regrette pas uniquement deux anciens dirigeants, mais aussi une certaine manière de faire de la politique, fondée sur la confrontation intellectuelle et la recherche de nouvelles solutions. Il ne s'agit pas nécessairement d'un jugement sur l'ensemble des dirigeants européens actuels, mais plutôt de l'expression spontanée d'un manque ressenti à un moment précis.
« Parfois les choses me pèsent » : Emmanuel Macron évoque aussi le poids de sa fonction
Ce message envoyé depuis Bruxelles n'est pas la seule confidence personnelle rapportée dans le livre de Françoise Degois. Au fil de leurs conversations, Emmanuel Macron laisse également apparaître les contradictions qui peuvent accompagner l'exercice du pouvoir. À un moment, le président reconnaît ainsi : « Oui parfois les choses me pèsent. »
Une phrase qui pourrait laisser penser que certaines responsabilités deviennent difficiles à supporter. Mais le chef de l'État nuance immédiatement ses propres paroles : « Non, elles ne me pèsent pas, je ne suis jamais découragé, vous savez. » Cette réponse, presque contradictoire, est particulièrement révélatrice de la façon dont Emmanuel Macron souhaite présenter son rapport à la fonction présidentielle.
D'un côté, il admet que certaines situations peuvent être pesantes. De l'autre, il tient à affirmer qu'il conserve sa détermination. Entre reconnaissance des difficultés et volonté de ne jamais apparaître découragé, le président semble chercher à exprimer une réalité plus nuancée que celle généralement perceptible dans ses interventions publiques.
Ces messages ne permettent évidemment pas de tirer des conclusions sur son état psychologique. Ils montrent néanmoins qu'en privé, Emmanuel Macron peut employer des mots beaucoup plus spontanés pour évoquer les contraintes de son quotidien. Une liberté de ton qui contraste avec la maîtrise habituellement associée à la communication présidentielle.
Comment une journaliste est devenue la confidente inattendue du président
L'une des particularités de ces révélations tient également à l'identité de leur destinataire. Françoise Degois n'est ni une proche collaboratrice d'Emmanuel Macron ni une personnalité appartenant à son entourage politique immédiat.
Éditorialiste à Sud Radio, ancienne journaliste de France Inter et passée par le cabinet de Ségolène Royal, elle affiche des convictions politiques qui ne coïncident pas toujours avec celles du président. C'est pourtant avec elle qu'Emmanuel Macron va entretenir un dialogue régulier pendant près de deux ans. Tout commence à l'été 2024, dans un contexte particulièrement sensible pour le couple présidentiel.
À cette période, Brigitte Macron fait l'objet de rumeurs mensongères et d'attaques personnelles concernant son identité. Sur le réseau social X, Françoise Degois prend publiquement sa défense. Un geste auquel Emmanuel Macron se montre sensible.
Le président décide alors de remercier personnellement la journaliste en lui adressant un message signé de ses initiales : « EM ». Ce premier contact aurait parfaitement pu rester sans lendemain. Mais Françoise Degois choisit de prolonger la discussion et commence à interpeller directement le chef de l'État sur différents sujets politiques.
Contre toute attente, celui-ci lui répond. Progressivement, les échanges se multiplient, donnant naissance à une correspondance dans laquelle les désaccords politiques n'empêchent pas les confidences plus personnelles.
Des SMS privés qui dévoilent une autre facette d'Emmanuel Macron
Ce qui rend ces conversations particulièrement intéressantes, c'est qu'elles échappent au cadre habituel des interviews présidentielles. Lorsqu'Emmanuel Macron s'exprime publiquement, chaque mot peut avoir une portée politique ou diplomatique. Ses déclarations sont analysées, commentées et parfois interprétées bien au-delà de leur intention initiale.
Dans des messages privés, le ton peut être sensiblement différent. Le président peut répondre de manière plus directe, exprimer une irritation passagère ou partager une impression sans développer immédiatement une argumentation complète.
C'est précisément ce qui apparaît dans sa confidence sur l'ennui ressenti à Bruxelles. La formule est courte, presque désarmante. Elle ne ressemble ni à une déclaration officielle ni à une analyse diplomatique soigneusement construite. Elle donne plutôt à voir un instant de spontanéité, celui d'un homme qui exprime son ressenti à une interlocutrice avec laquelle il a pris l'habitude de discuter.
Cette proximité ne signifie pas pour autant que Françoise Degois partage les positions du président. Au contraire, leurs différences politiques semblent avoir contribué à nourrir leurs conversations. Une relation singulière qui montre qu'Emmanuel Macron peut également rechercher le dialogue auprès de personnalités qui ne lui sont pas nécessairement acquises.
Emmanuel Macron est-il lassé de la vie politique ?
La question pourrait naturellement se poser à la lecture de ces messages. Entre son aveu d'ennui et sa reconnaissance momentanée du poids de certaines responsabilités, Emmanuel Macron semble parfois éprouver une forme de fatigue face à certains aspects de sa fonction.
Mais il serait excessif d'interpréter ces confidences comme le signe d'une volonté de renoncer à ses responsabilités. Le président affirme d'ailleurs lui-même ne jamais être découragé.
Ce contraste est essentiel pour comprendre la portée de ses propos. On peut être profondément investi dans ses fonctions tout en regrettant certaines situations, certains interlocuteurs ou certaines périodes de sa vie professionnelle. Dans le cas d'Emmanuel Macron, sa remarque sur Bruxelles paraît surtout traduire une frustration intellectuelle et politique.
Le chef de l'État, qui a souvent défendu l'idée d'une Europe capable de se réinventer, semble regretter des échanges qu'il jugeait plus stimulants avec certaines figures du passé. La lassitude évoquée dans ces SMS ne concerne donc pas nécessairement l'ensemble de son mandat. Elle peut aussi refléter la difficulté de retrouver, dans un environnement politique en constante évolution, les conditions de dialogue auxquelles il était attaché.
Un livre qui lève le voile sur les coulisses de la présidence
Avec Vous êtes tous trop durs avec moi, Françoise Degois propose un regard particulier sur Emmanuel Macron, construit à partir de conversations directes plutôt que de seules prises de parole publiques.
Le titre lui-même suggère une dimension plus personnelle de la relation entre le président et son interlocutrice. Au-delà des décisions politiques et des débats qui entourent son action, ces échanges donnent accès à des réactions plus immédiates, parfois étonnantes.
Ils rappellent également que les responsables politiques, même lorsqu'ils occupent les plus hautes fonctions, peuvent entretenir des relations informelles avec des journalistes et des personnalités extérieures à leur cercle habituel. Reste que la publication de correspondances privées soulève inévitablement des questions sur la frontière entre échanges personnels et intérêt public. Lorsqu'il s'agit du président de la République, des propos tenus dans un cadre informel peuvent rapidement acquérir une portée nationale.
La confidence envoyée depuis Bruxelles en est une parfaite illustration. Ce qui pouvait n'être, sur le moment, qu'une remarque spontanée sur l'ambiance d'un sommet européen devient aujourd'hui un élément permettant de mieux comprendre la perception qu'Emmanuel Macron avait de son environnement diplomatique.
Derrière l'image du président déterminé, des confidences plus humaines
Depuis son arrivée à l'Élysée en 2017, Emmanuel Macron cultive l'image d'un dirigeant particulièrement investi, volontiers combatif et rarement avare de longues discussions. Ses échanges avec Françoise Degois viennent compléter ce portrait en révélant des moments où le président paraît moins enthousiaste, plus nostalgique ou simplement agacé par certaines situations.
Son message sur Angela Merkel et Mario Draghi est d'autant plus marquant qu'il ne porte pas sur une crise majeure ou une difficulté personnelle spectaculaire. Il évoque quelque chose de beaucoup plus ordinaire : le sentiment de s'ennuyer et de regretter des personnes avec lesquelles on aimait travailler. Une expérience familière pour beaucoup, mais rarement associée à la fonction présidentielle. C'est sans doute ce décalage qui rend cette révélation si frappante.
À travers quelques SMS, Emmanuel Macron apparaît moins comme une figure institutionnelle inaccessible que comme un responsable politique capable d'exprimer des regrets, des frustrations et une certaine nostalgie. Et si le président tient à rappeler qu'il n'est jamais découragé, cette phrase envoyée depuis Bruxelles restera probablement l'une des confidences les plus inattendues de ces conversations : « Je m'ennuie. »































