Humeurs

L’hypocrisie de l’université

20 mars 2017 - 16 : 04
par Lula Personne ne le sait. Ou plutôt, ça se sait mais personne ne le dit. Si on m’en avait parlé en terminale, j’aurais peut-être révisé mes choix d’orientation. Si vous choisissez une école privée après le bac, n’espérez pas pouvoir retourner dans le public par la suite. Pas sans un véritable parcours du combattant. Témoignage.

Le contexte

Je viens d’une (bonne) école de commerce post-bac.

J’avais choisi cette orientation pour avoir une formation généraliste, et pouvoir par la suite me spécialiser en communication. Après mes trois années d’école, j’ai voulu m’inscrire (entre autres) à la fac en Master Communication.

À ma grande surprise, TOUTES les universités dans lesquelles j’ai postulé m’ont refusée.

Certaines justifiaient leur refus par « études précédentes en inadéquation avec la formation demandée ». Ce n’est qu’après que j’ai compris le véritable sens de cette phrase.
D’autres ne justifiaient tout simplement pas leur décision.

Mais c’est celle qui m’a écartée pour « Résultats insuffisants » qui m’a mis la puce à l’oreille.
Durant mes études en école de commerce, j’ai, à chaque semestre, obtenu une moyenne de 15,5.

J’ai eu mon bac ES avec mention Très Bien. J’avais aussi effectué deux stages en communication, tous deux gratifiés d’une excellente appréciation de mes tuteurs. D’où mon incompréhension.

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Des procédures de recrutement illégales

J’ai donc décidé d’insister auprès de deux facs : celle précédemment citée, et une autre proche de chez moi qui n’avait donné aucun motif à son refus.

La première m’a incitée à lancer une procédure de recours. C’est cet épisode que je vais développer. Pourquoi ? Parce que le fonctionnement de la plus vieille (et sans doute la plus reconnue) faculté de France est aberrant.

Une fois la commission de recours tenue, sa décision doit être rendue et motivée par courrier postal à chaque étudiant. Une semaine après la fin de la commission, toujours rien dans ma boîte aux lettres. Je leur envoie un mail, sans réponse.
Je me déplace donc spécialement là-bas pour demander des explications au secrétariat. On me dit que c’est normal, que les envois de lettres ont pris plus de temps que prévu, que je ne devrais pas tarder à recevoir la réponse. Je leur demande s’ils peuvent me donner eux-mêmes les résultats, ils me répondent que non, ils n’ont pas le droit. Très bien. Je rentre chez moi. Une deuxième semaine passe. Rien. J’envoie un mail. Pas de réponse.
J’appelle le secrétariat, qui me dit exactement la même chose que la dernière fois. D’accord. J’attends encore un peu. Néant. C’est alors que quelques jours plus tard, le secrétariat répond à mon mail, me disant que beaucoup de dossiers ont été reçus, que je n’ai pas été acceptée, sans explications, et que la décision de la commission est définitive.
Sauf qu’une réponse par mail, qui plus est du secrétariat, n’a aucune valeur. La commission doit impérativement envoyer sa décision par courrier, et surtout la JUSTIFIER. J’attends toujours.

Mais ce n’est pas fini !

Sur les nerfs, j’envoie un mail à la responsable du Master, lui exposant mon problème et ma crainte que mon dossier n’ait pas été traité. Je lui joins mes relevés de notes et lui demande un rendez-vous. Ce que j’avais déjà fait suite au premier refus. Dans les deux cas, aucune réponse.

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La stigmatisation des élèves issus d’écoles privées

C’est un fait : j’ai été refusée en raison de ma provenance. Les universités n’acceptent pas les étudiants venant d’une école privée. Pire encore : ils n’étudient même pas leur dossier.

Comment puis-je en être aussi sûre ? Parce que le responsable du Master de la deuxième faculté où j’ai insisté me l’a dit. Suite à mon mail, il m’a proposé un entretien téléphonique. Pour expliquer le refus de ma candidature, il m’a très clairement dit la chose suivante :

« Vous savez, on reçoit beaucoup de dossiers. On doit faire du tri. Ceux qui viennent d’une école comme la vôtre, une école privée, vont directement à la poubelle»

Qu’est-ce qu’ils croient ? Que le niveau des élèves du privé est inférieur à celui des facs ?

Ce responsable a au moins eu le courage d’être franc avec moi. Et j’ai finalement pu accéder à la fac.

…Mais pour me retrouver avec qui ? Surprise ! Des élèves venant d’une licence de physique, par exemple, ou d’autres ne sachant pas faire une phrase sans faute d’orthographe. Qui eux, ont été acceptés sans difficulté.

Dans la plupart des matières, je suis au même niveau voire plus avancée que les autres élèves de la classe.

Par curiosité, je me suis rendue dans le quartier latin, pour assister à la réunion de rentrée de la fameuse fac qui me disait que je n’avais pas le niveau.
Et là, que vois-je ? Des étudiants qui n’ont visiblement rien à faire là. Beaucoup d’entre eux n’écoutent absolument rien des interventions, jouent sur leur téléphone, parlent entre eux. Ma voisine de table vient d’une licence info-com où elle a culminé à 12 de moyenne.

La responsable salue les élèves « en réorientation » (cf les autres facs pour qui ma formation précédente, comprenant des cours de communication, n’était pas adéquate). Elle remercie ceux qui sont là, puisque « certains n’étaient même pas au courant du jour de la rentrée ».

Elle leur indique que leur rapport de stage devra faire 10 pages. Les miens en école de commerce en faisaient 30. Et surtout, elle les dissuade (implicitement, bien sûr) de passer des concours d’écoles de communication prestigieuses pour le M2.

À part ça, tout va bien.

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Lula
Amoureuse du cinéma. Voilà ce qu'il faut retenir de ma description. Tous les genres, toutes les époques... bien plus qu'une passion. Besoin de conseils filmiques ? N'hésitez pas, je suis là ! En admiration devant toutes les formes d'art, devant Paris, vous avez de fortes de chances de me trouver dans des musées ou les rues de notre chère capitale lorsque je ne suis pas dans une salle obscure. (Dans les bars et les boîtes parisiennes également, mais c'est une autre histoire...) En espérant que mes articles vous donneront des idées, vous feront sourire, envie... bref ne vous laisseront pas indifférent(e)s ;) !