Culture

J’ai lu Zazie dans le métro de Raymond Queneau

24 mars 2015 - 13 : 00
zazie dans le metro1

Je continue mon challenge 1 mois = 1 classique avec un autre livre « facile ». En janvier c’était la Rue des boutiques obscures de Modiano. Février (comment ça on est déjà fin mars et mon article a trois semaines de retard ?) = Zazie dans le métro de Queneau.

Pourquoi facile ? Parce qu’il se dévore en quelques heures, parce que le style est hyper moderne, les phrases courtes et servent essentiellement des dialogues à la répartie vive. Entre le roman et la pièce de théâtre.

La rapide biographie en introduction de mon édition folio imprimé en 2014 nous rappelle que l’auteur était un touche à tout, jouant de tous les styles et de toutes les formes : textes, romans, poèmes, chansons, traductions. Il était auteur, lecteur d’anglais aux éditions Gallimard, fondateur d’une revue, membre de l’académie Goncourt et j’en passe. Pourquoi tout ce blabla ? Parce que Queneau vivait dans les mots et les écrits, ne rentrait pas dans les cases et se nourrissait de tout. Dans Zazie dans le métro, il nous déroute mais nous embarque. Et j’ai tendance à penser qu’il faut effectivement avoir pas mal amassé derrière soi pour réussir ce coup-là.

Zaziedanslemetro2

C’est qu’on ne s’encombre pas de descriptions dans ce livre. Peu de personnages sont décrits physiquement. Certain début de chapitre vous laisse à penser que vous êtes à un endroit, et puis quelques lignes plus loin on réalise qu’on est ailleurs. L’histoire se déroule et on en vient à douter de sa propre perception, d’avoir tout bien suivi. Mais vient alors les dernières lignes et on se dit finalement que c’était bien là qu’il fallait en venir.

Les premiers mots : Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé.
Les derniers : J’ai vieilli.

L’histoire est celle de Zazie, 9 ans, gamine espiègle à la répartie cinglante, qui vient pour le weekend chez son oncle Gabriel, vivant à Paris. Zazie veut prendre le métro. C’est sa grande aventure. Mais, et comme quoi les sujets d’hier peuvent encore être les sujets d’aujourd’hui, ce weekend-là, le métro est en grève !

L’auteur, en allant directement et en pleine ligne droite dans ces dialogues, ne prend aucun recul et est là, à part entière dans cette histoire, se voyant lui-même interjeté parfois par ses personnages (cette phrase ne veut rien dire, mais elle veut pourtant dire ce qu’elle veut dire !).

Il y a du Boris Vian dans ce style (le livre a été pour la première fois publié en 1959, Queneau avait 56 ans, même année que celle du décès de Vian à l’âge de 39 ans – les deux auteurs étaient a priori assez proches). Des mots inventés, d’autres qui ne vont pas ensemble mais donnent une nouvelle dynamique et un nouveau sens à certaines phrases qui auraient pu être si ternes.

Et puis il y a les thèmes traités. On y parle d’amour, d’homosexualité, de sexe, des dangers de la ville, de la Femme. Plus de 55 ans après sa première édition, Zazie dans le métro est extrêmement moderne. Et vous laisse sur un sourire, celui d’avoir l’impression que Queneau a voulu jouer avec vous, mais sans se jouer de vous.

Morceaux choisis :


Page 27 :
« - […] tu pourras pas cacher que ta nièce elle est drôlement mal élevée. Réponds-moi, est-ce que tu parlais comme ça quand t’étais gosse ?
- Non répond Gabriel, mais j’étais pas une petite fille. »

Page 110 :
« - Qu’il soit hormosessuel ? Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’il se mette du parfum ?
- Voilà. T’as compris.
- Y a pas de quoi aller en prison.
- Bien sûr que non.
[…]
- Et vous ? demanda Zazie. Vous l’êtes hormosessuel ?
- Est-ce que j’ai l’air d’une pédale ?
- Non, pisque vzêtes chauffeur.
- Alors tu vois.
- Je vois rien du tout. »

Page 149 :
« - Pourquoi, qu’il disait, pourquoi qu’on supporterait pas la vie du moment qu’il suffit d’un rien pour vous en priver ? Un rien l’amène, un rien l’anime, un rien la mine, un rien l’emmène. »

Page 239 :
« Elle s’attarda cependant quelques instants pour examiner son jules qui, nu, ronflait. Elle le regarda en gros, puis en détail, considérant notamment avec lassitude et placidité l’objet qui l’avait tant occupée pendant un jour et deux nuits et qui maintenant ressemblait plus à un poupard après sa tétée qu’à un vert grenadier ».

Le mois prochain, c’est Flaubert avec Madame Bovary. On change d’ambiance.
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MissERichard
SomethingToDoWithStars, c’est chez moi. J’y évoque ma vie de (jeune !) trentenaire, bossant dans les media qui, par ailleurs, tape des mots sur son clavier. Des mots plus ou moins romancés, documentés, impliqués. Des mots que je publie aussi sur un 2nd blog tourné media, ou que je conserve pour en faire, un jour, quelque chose... avec chapitres et numéros de pages.