Famille

La fessée : "ça n'a jamais tué personne"

23 mars 2016 - 12 : 25

“Je sais. Tu vas dire que je t'ai poussée à bout. Que tu étais épuisée. Que je n'avais qu'à t'écouter. Je sais, je te regardais droit dans les yeux, j'ai senti ta colère monter. Tu as crié si fort, tu as tapé si fort... Je ne suis pas sûre d'avoir eu vraiment mal, mais le bruit m'a fait si peur...

Je crois que moi aussi, j'étais très fatigué. Il y a quelque chose qui chagrinait mon petit coeur, alors la seule chose que j'ai su faire, c'est avoir ce comportement étrange avec toi. Je n'étais pas bien. Et tu étais aussi fatiguée. Je n'aurais pas dû aller mal... ça t'a mise tellement en colère...

Tu pensais faire preuve d'autorité, tu croyais montrer qui est le chef. Tu as juste été faible, incapable de contrôler tes émotions. Tu voulais m'apprendre que la violence ne résout pas les conflits. Et tu as été violente. Si tu continues, je m'endurcirai à chaque coup, je te regarderai dans les yeux, pendant que tu taperas. J'apprendrai à tenir tête, à ne pas avoir mal. Les jours où tu craqueras, je m'en voudrai, je perdrai confiance en moi, et un peu aussi en toi...

Je deviendrai sournoise, menteuse, agressive. Je travaillerai moins bien à l'école.

J'ai senti à quel point tu étais mal après m'avoir tapé sur les fesses. Tu étais mal, à peine défoulée, pleine de regret une seconde après. On l'a vu toutes les deux, ce coup de sang n'avait servi à rien. Rien de constructif, rien d'intéressant. Au contraire, il a laissé s'échapper une fumée sombre entre nous...”

On l'a vécu, la violence ne résout pas les situations. Et la fessée est un geste violent comme les autres. Dans 18 pays en Europe, on a aboli les châtiments corporels. Ça semble presque logique, ça, d'abolir les châtiments corporels, non ?

Voilà, je ne suis pas parfaite. Parfois, je m'imagine envoyer les enfants contre les murs, hurler de toutes mes forces qu'ils sont débiles, taper encore et encore ce petit corps qui n'est pas un punching ball. Mais j'imagine seulement. Je projette des désirs humains dans mon esprit, je les ravale, je souffle, j'analyse la situation, et j'agis aussi utilement que possible.

Ça donnerait quoi, si on pratiquait ça entre adultes ? Mon patron va me foutre une baffe pour un dossier mal complété. Mon mari va me donner une trempe pour un gratin trop cuit. Mon voisin va me lancer une fessée déculottée pour une haie mal ratiboisée. Et si on en parlait ?

Vous me direz, c'est bien beau d'essayer de faire preuve d'autorité par les mots. Dans la vraie vie, tout n'est pas toujours aussi rose. Les enfants sont capricieux, colériques, têtus, instables... Les parents sont fatigués, exaspérés, à bout.

C'est pourquoi il existe des bouquins sur le sujet. On appelle ça tout simplement Education Non Violente. Mais si on pouvait seulement appeler ça Education, ce serait parfait. Ces livres devraient sortir avec le marmot le jour de l'accouchement, et être reconnus d'utilité publique ! Dans un pays où la fessée est une institution, il y en a des choses à apprendre. Isabelle Filiozat : “J'ai tout essayé”, “Au coeur des émotions de l'enfant”; Faber et Mazlish : “Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent.”

Il existe même des Ateliers des Parents, pour parler communication non violente au sein de la famille. On va y participer, grâce à Planète Parents. On n'y va pas pour se faire passer pour de bons parents. On y va parce qu'on veut faire de nos enfants des adultes forts, respectables, qui ont confiance en eux, qui sauront mettre des mots sur leurs émotions, assumer qui ils sont. On y va simplement pour nous aider à trouver les bonnes clés, et éviter de laisser nos colères aller jusqu'au bout de nos doigts...

Pour aller plus loin, n'hésitez pas à lire l'article "Pourquoi une loi contre la fessée".

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