Humeurs

Vis ma vie d'hyperphage

05 janvier 2017 - 14 : 57
par Laura

Je sais, ça commence comme une émission du samedi après-midi. Mais non, je ne suis pas là pour vous faire un résumé de la programmation de M6 et des « oh » et « ah » de Karine Lemarchand.

Je suis là en tant que témoin, témoin de ma vie pour vous relayer une situation, pour vous permettre de voir plus clair et peut-être changer vos regards sur vous-mêmes (pour certaines) et sur les autres.

Il faut par contre que je commence par le commencement. Je suis hyperphage ! Voilà c’est dit. La pierre est lancée dans la mare. Un terme bien barbare pour vous parler de mon quotidien. Pas besoin de foncer sur Google, je vais vous expliquer.

Si vous souhaitez juger et dire que c’est encore un moyen détourné d’excuser certains comportements, pensez-le ! Mais lisez au moins jusqu’au bout.

Vous devez sans aucun doute connaître la boulimie et l’anoxerie. Beaucoup d’émissions, sérieuses ou non, en ont parlé au moins une fois. Du coup, pour simplifier, l’hyperphagie c’est de la boulimie non vomitive.

Pour être plus clair, une personne hyperphage, moi en l’occurrence, fait des sortes de crises. Elle mange beaucoup mais vraiment beaucoup dans une période très restreinte et ensuite contrairement aux boulimiques, elle ne se fait pas vomir. J’aime à dire que je n’aime pas perdre mes affaires, ce qui expliquerait pourquoi je ne vomis pas. Mais même si je prends le partie d’en rire, j’ai surtout envie de pleurer lors de ces crises. Car l’hyperphagie est une maladie et vivre avec cette maladie c’est se battre au quotidien contre soi-même et contre les autres.

Le regard des autres, parlons-en ! Mon entourage me voit comme une grosse gourmande. C’est d’ailleurs comme cela qu’ils expliquent mon surpoids et mes maintes tentatives de régimes complètement sabordées. Parce que je suis trop gourmande, je ne sais pas me tenir à un régime, parce que j’aime le chocolat, les gâteaux mais aussi le jambon, le fromage et la mayonnaise, je ne rentrerai jamais dans un 38. Je n’ai aucune volonté.

A ces personnes, ces êtres qui sont pourtant mes proches, je dis merci. Merci de me réduire à un estomac sur pattes qui n’a pas de courage ni assez de volonté pour perdre du poids. Se sentir mal dans sa peau est déjà assez difficile, et savoir que les autres ont bien souvent pitié de nous et ne nous comprennent pas, est encore pire.

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Se battre contre soi-même, parce que jusqu’à ce que je mette un nom sur mon mal-être, j’avais surtout honte de ce que je faisais même si je ne pouvais pas m’en empêcher. Certaines de mes après-midis seule à la maison ressemblaient à ça : engloutir une tablette de chocolat voire deux, puis prendre une demi-baguette pour me faire un sandwich jambon-fromage, continuer ensuite avec un avocat et de la mayonnaise et pour finir manger le paquet de bonbons en entier. Tout cela en deux heures à peine.

Et le soir, parce qu’on ne veut pas que son conjoint se rende compte de ce qu’on a fait trois heures auparavant, on mange le même repas que lui avec entrée-plat-dessert. Et devant la télé, pendant le film, quand il vous propose un carré de chocolat vous dites oui, en acceptant non pas un carré mais quatre. Ils seront suivis de quatre autres morceaux lorsque vous prétexterez aller chercher un verre d’eau dans la cuisine.

Faire les courses, c’est à coup sûr fonctionner à l’achat compulsif. Les personnes bien pensantes se disent qu’il suffit de ne pas y aller le ventre vide, de manger une pomme ou de boire un verre d’eau. Mais ce qu’elles ne comprennent pas, c’est que cette sensation de faim, en tant qu’hyperphage, on l’a tout au long de la journée, du matin quand on se lève au soir quand on se couche. Mon estomac ne fait pas la différence entre avoir faim et avoir envie, il ne connait pas la sensation de satiété.

Peut-être que certaines d’entre vous vont se reconnaître et découvrir qu’elles ne sont pas QUE gourmandes. Et on développe des astuces pour ne pas se faire attraper. On achète un paquet de chouquettes que l’on mange en cinq minutes sur le parking du magasin, on prend les tablettes de chocolat ou les paquets de bonbons en double et on en planque un…

Et lorsque je dois expliquer encore et toujours mes difficultés à tenir, je compare l’hyperphagie à l’alcoolisme ou à un ancien-fumeur. Aller faire les courses, c’est comme demander à un fumeur de vous allumer une clope, vous ne le feriez pas ! Et est-ce qu’il vous viendrait à l’idée d’emmener un ancien alcoolique dans une soirée de dégustation de vin ou de whisky ? Non plus. D’ailleurs, le fumeur s’il n’a pas de cigarette chez lui, il ne peut pas fumer, mais de la nourriture il y en a toujours chez chacun d’entre nous.

Je ne fais pas ce texte pour me faire plaindre. Je veux juste que l’on comprenne qu’il s’agit d’une vraie maladie tout autant que la boulimie ou l’anorexie mais qu’elle est si peu connue qu’elle s’apparente souvent à de la gourmandise. Et il est aussi difficile de s’en débarrasser et d’autant plus de vivre avec.

Le fait d’en parler et d’expliquer à son entourage ce qu’il se passe est déjà un travail énorme. Et si certaines d’entre vous se sont reconnues dans ce témoignage, tant mieux, ça leur permettra peut-être de faire un pas en avant vers je l’espère l’acceptation du problème, pour pouvoir le résoudre.

Article rédigé par Jigsaw

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Laura
Je suis gourmande, susceptible et râleuse (surtout quand on veut goûter mon dessert). Mais à part ça, je ne mords pas, je vous jure !