Humeurs

Chouette. J’ai signé mon premier CDI...

26 mars 2017 - 10 : 32
par Laura

Je croyais que quand je signerais mon tout premier CDI, je sauterais partout, hystérique, à appeler toutes mes copines pour « fêter ça ». Que je serais tellement enthousiaste, que je le dirais à qui veut l’entendre « Eh oui ! Moi à 23 balais j’ai déjà un CDI ! », que je serais fière de parler de mon boulot et de ce fameux contrat tant attendu après cinq années d’études réussies du premier coup, de stages mal payés et pas toujours intéressants et de jobs étudiants moins enrichissants, mais bien rémunérés.

Oui, mais ça, c’était avant. Avant que ce CDI n’ait un goût amer. L’amertume de s’être fait tromper depuis plusieurs mois, l’amertume des promesses non tenues et de savoir qu’on n’a pas le choix.

Attends, la nana elle gueule alors qu’elle a un CDI quoi !

Ouais, c’est sûrement se plaindre la bouche pleine que d’oser dénoncer le contrat que tout le monde attend, surtout quand la France compte près de 25 % de chômeurs chez les moins de 25 ans.

C’est égoïste et pourtant c’est vrai : je n’en veux pas de ce CDI rémunéré au SMIC pour des horaires de misère aux heures supp’ non payées et non récupérées.

Non pas que mon employeur soit un tyran, un gros méchant ou quoi que ce soit dans le genre. Non. Il pense juste que, lui aussi ayant été au SMIC au début de sa carrière, c’est une case normale et logique par où il faut passer.

Il pense juste que ne pas me donner tout de suite un salaire qui explose les plafonds, ça me motivera à travailler. Ah oui... Je suis vénale, attirée uniquement par l’argent. Je ne peux pas être animée par l’amour du travail bien fait et du sentiment d’avoir accompli quelque chose de bien. Non, pas en 2016. Ce sont des valeurs du passé sûrement...

Il pense aussi qu’en me mettant au bout de la carotte une prime ridicule tous les mois, ça me motivera à me défoncer (encore) plus pour sa boîte. Et surtout, en « m’offrant » des primes qui n’égalent même pas le montant des heures supp’, il pense me faire LE cadeau sur ce contrat en CDI que je ne pourrais pas refuser.

Il est tellement gentil mon employeur que pour me faire peur et m’inciter à signer rapidos, il m’a dit que « bon, je me suis vraiment demandé s’il fallait ou non te garder... Au final, je n’ai pas envie de reformer quelqu’un d’autre tout de suite. Donc si tu veux, tu restes ».

Aaah !! Merci employeur ! Merci ! À genoux je te baiserais bien les pieds pour ta bonté, mais l’amertume m’en empêche encore. Ou serait-ce le peu de fierté qu’il me reste ?

Et maintenant ?

Me voilà donc à 23 ans, bac + 5 dans un secteur plutôt porteur, CDI en poche payé au SMIC. Il y a bien plus triste comme parcours de vie.

Pourtant, j’ai toujours un goût amer dans la bouche, parce que ce CDI, je n’ai pas eu le choix de le signer ou de le refuser. La conjoncture étant ce qu’elle est, difficile de dire non quand on vous propose un poste, qui plus est quand vous n’avez pas encore droit au chômage.

Mais ce qui me laisse le goût le plus amer, c’est le manque de reconnaissance... Comment se sentir valorisé quand on vous fait comprendre que n’importe quel passant dans la rue pourrait très bien prendre votre relève du jour au lendemain ? Après tout, si mes compétences ne valent pas plus que le salaire minimum, c’est que même ma mémé est capable de faire ce que je fais. Je me demande encore pourquoi j’ai fait cinq années d’étude pour ça... 

À se demander pourquoi je persiste dans une voie qui me dégoûte de plus en plus. Non pas que mes activités quotidiennes soient inintéressantes, mais j’en viens à me poser des questions sur mon avenir, sur mes choix professionnels et d’aller voir ailleurs si l’herbe n’a pas meilleur goût.

Cet article a été rédigé par une So Busy Girl

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Laura
Je suis gourmande, susceptible et râleuse (surtout quand on veut goûter mon dessert). Mais à part ça, je ne mords pas, je vous jure !