Humeurs

Moi Anna, presque 18 ans, salope et fière de l’être

09 juillet 2016 - 08 : 00

Pourquoi suis-je si fière d’être une salope ? Par pure provocation diront certains. En vérité, je suis fière d’être une salope parce que les raisons qui font que parfois, les filles et les femmes de tout les pays se font traiter de cette manière sont certaines des raisons qui font que j’aime être une fille.

Si porter des mini jupes, des shorts courts, des talons hauts, des décolletés fait de moi une salope, alors j’en suis une. Et même si certains rétorqueront : « Si vous voulez éviter de vous faire violer, commencez déjà par ne plus vous habiller comme des salopes » (propos tenus par le policier Michael Sanguinetti lors d’un séminaire de prévention des agressions sexuelles dans une fac New-Yorkaise en janvier 2011), je continuerai à porter des talons et des mini jupes sans jamais prétendre qu’une main au cul ou un regard prolongé sur ma poitrine n’est mérité.

Et puis, j’ai une question pour ces hommes (et ces femmes aussi parfois) qui disent que montrer un peu de chair est une injonction à se faire agresser : où est la démarcation entre une tenue de salope et une tenue féminine ? Une femme qui porte un jeans, un pull et des ballerines sera jugée par beaucoup d’hommes pas assez féminine, mais si elle remplace le pull par un petit haut décolleté, alors elle n’est plus féminine mais une vile pécheresse qui incite au viol ? Et une enfant de douze ans vêtue d’un tee-shirt, de ses baskets et d’un jeans qui risque malheureusement de se faire violer autant qu’une autre, est, elle elle aussi, une salope, une tentatrice pour avoir l’audace d’avoir tant de candeur sur son visage ?

Sachez messieurs-dames qu’apprendre aux infos qu’une fille s’est fait agressée en sortant de boîte et dire : « Bah oui mais bon, si elle ne s’habillait pas comme une pute aussi. », c’est cautionner l’acte du violeur, c’est entrer dans son raisonnement. Car un homme qui viole une fille en mini jupe se rassure en se disant qu’elle le voulait, qu’il fallait juste la convaincre, qu’elle n’a pas dit non et que, comme chacun sait, qui ne dit mots consent. Nous voilà donc revenu à la loi de la jungle, aux temps médiévaux où la sexualité de la femme était un sujet tabou. Sachez aussi qu’une fille qui se fait violer se pose immédiatement la question : est-ce de ma faute ? Et qu’avec ce genre de réflexion, vous lui répondez par l’affirmative.

Une femme le plus courtement et décolleté vêtue ne sera jamais la cause d’un viol. Parce que sinon, la prochaine étape ce sera quoi ? « Pour ne pas te faire violer quand un homme veut un rapport sexuel avec toi, dis oui comme ça, il ne s’agira pas d’une agression mais d’un acte charnel. » ?

Et puis prenons le problème à l’envers : un homme portant un maillot moulant ou un jeans laissant apparaître son caleçon inviterait-il une femme à lui mettre la main au paquet ou à le prendre sur le capot de sa voiture sur le parking de Monsieur Bricolage ? L’idée vous paraît absurde ? Alors tâchez qu’elle le soit aussi dans l’autre sens. Arrêtez de traiter une fille en mini jupe ou se revendiquant une vie sexuelle libérée de salope si vous savez que si c’était d’un homme qu’il s’agissait, vous ne diriez rien.

Moi, je vais continuer à porter des mini jupes, des décolletés et des talons, à revendiquer le fait que les femmes aussi on droit a une vie sexuelle libérée, que les femmes aussi suite à un viol ou non on le droit de choisir quoi faire de leur corps. Ce n’est plus une histoire de féminisme et ça ne concerne plus que la population féminine, c’est un phénomène de société qui nous concerne tous. Pour éviter que demain la vie des filles et des femmes soit un véritable combat de tous les instants pour vivre, se protéger et obtenir justice le cas échéant.

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