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Neuf… Trois… Partez !

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bus coloré Neuf… Trois… Partez !

 

Sean Paul hurle à la mort. Les portes ouvrent leurs gueules difficilement, tant la foule écrasée contre les vitres est dense. Le conducteur a voulu faire monter l’ambiance, déjà explosive, en dégainant sa radio. « Désolé pour la proximité ! Prenez des numéros de téléphone, faites connaissance ! » glapit-il gaiement. De petits rires ricochent et font des pied-de-nez aux soupirs d’exaspération. Le bus s’élance et les corps dansent. Des orteils broyés, un sein fait du pied à un dos, des mains s’agrippent avec leurs tripes, une fesse se paye la tête d’un môme, des yeux démarrent au quart de tour, des langues se délient comme des vipères. « Arrêtez de vous frotter à moi madame, je risque d’y prendre goût ! » crie une grande bouche demi-lune. Quelques ah ah gras hoquettent lourdement tandis que Sean Paul, qui n’a toujours pas dit son dernier mot, braille méchamment. Dans cette chaleur humide, dans cette colère sourde, dans cette chamaillerie de corps, chacun fait sa vie.

 

« Brazza, Paris, des deux côtés je suis bloqué / Là-bas, ici, toujours le même qui va te croquer / Le cul entre deux chaises, l’exil presse mon pas » gémit une sonnerie. « Allo ! » crie-t-il en fronçant les sourcils. C’est qu’il reçoit trop de ces coups de fils qui annoncent une tuile. « Un quoi ? Un IPhone ? Ah petit, toi tu crois que je ramasse l’argent ou quoi ? Je suis pas la banque de France, moi ! Va d’abord étudier, on verra après ! ». Il fourre violemment le téléphone dans sa poche en murmurant « Ah, le pays ! ». Un petit vieux desséché acquiesce en silence, ses dents d’or s’attaquant nonchalamment à un bâton de réglisse.

 

Derrière lui, une femme magnifiquement fière brille de mille couleurs, et règne sans un mot sur quatre marmots, un dans le dos, deux dans le creux de ses mains, un transporteur de cabas. Son regard lance des éclairs tandis qu’au fond l’orage éclate. Deux vieillards jouent aux enfants, avec un plaisir évident. Tu me pousses pas ! T’as pas besoin de me pousser, t’as compris ? Pov’ con. Con toi-même ! Attends on va descendre là ! Tu veux qu’on règle ça ? Deux pupilles dilatées profitent de la récréation pour se faufiler dans l’allée et désaper la trop jolie dame qui tape du pied nerveusement.

 

Elle serre son sac contre elle, tentant désespérément de rester vêtue malgré les yeux qui arrachent ses vêtements agressivement. Elle jette un œil devant, derrière… Tout le monde est personne. Le petit vétéran recourbé-rétréci apprend la vie à un tout petit bout de femme, un doigt s’agitant en forme de « je te préviens ». La mine boudeuse, elle feint d’écouter, les yeux collés à ses pieds. L’homme d’en face, lui, tout lui échappe, il se récite une prière. Ses lèvres bougent sans émettre un son. Son havre de paix intérieur le rend imperméable à l’extérieur. Même à la discothèque posée sur la tête d’un mec. Sur le dos d’un siège, une phrase gravée d’une main tremblante : Imagine there’s no people…

 

Article rédigé par Petite Voix Off

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